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Chapitre 2 des incidents – L’accident de personne

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Publié le 26/10/2016

Découvrez les coulisses de la gestion d'un accident de personne, au travers d'un exercice "grandeur nature".

L’accident de personne paralyse un train en pleine voie mais aussi des centaines de milliers de voyageurs qui n’ont pas de train pendant plusieurs heures. J’ai profité d’un exercice « grandeur nature » pour mieux comprendre cette situation particulière à laquelle je n’ai, heureusement, jamais été confrontée. Parmi les passagers de ce train catastrophe, des clients qui pour beaucoup ont déjà vécu un accident de près ou de loin. Retour sur une matinée riche en émotions et en enseignements.

Il est près de 9h15 quand je retrouve notre dizaine de clients (que vous pouvez croiser sur Twitter ou ici sur le blog) sur les quais de la ligne R. On a un peu froid, on se présente les uns aux autres autour d’un petit café puis nous nous dirigeons vers le quai de départ de ce train exercice (affiché comme tel sur le grand écran des départs Hall 1 de la Gare de Lyon).

 

« BIENVENUE À BORD »

Déjà dans le train, on me demande ce qu’il va se passer. Je raconte que l’on va heurter une personne (un mannequin pour l’occasion) mais je ne précise ni où ni quand. On échange encore sur les expériences de chacun notamment BlueEdel qui nous raconte ce qu’elle a vécu à Maisons Alfort Alfortville quelques temps auparavant.

 

FREINAGE D’URGENCE

Le conducteur, Fabrice, arrête le train subitement, peu après un pont situé sur la commune de Villeneuve Saint-Georges. Autant dire tout près de Paris à un endroit où passe le RER D mais aussi la ligne R, les TER, les Intercités et les TGV.

INFOS EN PLUS :
Savez-vous combien de temps un train met pour s’arrêter ?
Un train, à 140km/h, met 1 kilomètre à s’arrêter ! Donc si le conducteur voit un obstacle il ne peut pas l’éviter, à moins de le voir suffisamment tôt ou de rouler à faible vitesse ce qui lui permet de s’arrêter rapidement.
Pourquoi entend-t-on parfois le fameux « tain-dain » (signal sonore) ?
C’est l’équivalent d’un klaxon, le conducteur l’utilise dans diverses situations, notamment lorsqu’il voit des personnes à proximité des voies, cela lui permet de les alerter du danger. Le saviez-vous ? Il y a un son aigu et un son grave pour permettre à tous d’entendre ce son.

 

QUE SE PASSE-T-IL ALORS ? Déroulé étape par étape

lalerteDès qu’il heurte une personne, le conducteur freine d’urgence (bouton rouge situé sur son pupitre de conduite). Juste après, il émet l’alerte radio qui arrive au centre de régulation et déclenche un signal lumineux : les phares du train se mettent à clignoter.

Le régulateur, qui est basé à proximité de la Gare de Lyon, appelle le conducteur pour savoir ce qu’il se passe et confirmer la position exacte du train (point kilométrique, borne placée sur les abords des voies comme un plot sur les départementales).

Il faut noter que les échanges sont particuliers, chacun fait répéter ce qu’on lui dit pour des raisons de sécurité : bonne compréhension du lieu et de la situation.

Immédiatement après cet échange, le régulateur alerte les 2 postes d’aiguillages qui encadrent la zone de l’incident, les feux (signaux dans le jargon SNCF) passent alors au rouge. Cela permet de prévenir les autres conducteurs et de sécuriser la zone afin de permettre les interventions.

Le conducteur doit aller « visiter son train » : il fait le tour de la rame pour voir s’il n’y a pas de problème avec l’obstacle (parfois c’est un véhicule, un objet, un arbre). Dans le cas d’un accident de personne, il va vérifier si la victime semble vivante ou décédée et si les voies contiguës ne sont pas impactées. Mais bien entendu il s’assure qu’il peut descendre du train (que les circulations sont arrêtées) ce que doit lui confirmer le régulateur, c’est ce qu’on appelle la protection des voies.

Dans notre cas, Fabrice descend et constate que la voie 2 (voie à côté) n’est pas engagée donc qu’il n’y a pas d’obstacle sur la voie. C’est donc un précieux indice pour la réorganisation du plan de transport et pour l’éventuel transbordement.

Pendant ce temps le régulateur avise le Directeur de Crise (ou une personne mandatée) qui va se charger d’alerter, en donnant les accès routiers les plus proches :

Les personnels SNCF compétents

intervention-de-sncf> Le CIL (chef d’incident local) : coordonne les personnes qui vont intervenir sur le site. Il faut savoir qu’il est habilité à aller sur les voies ferrées. C’est donc lui qui va s’assurer que tous les intervenants sont en sécurité.

> Le RO (responsable des opérations) : s’occupe de la prise en charge des clients et du transbordement. C’est un nouvel intervenant (créé il y plus d’1 an) qui permet de soulager le rôle du CIL.

> L’activité (ici Transilien) : prend les mesures d’adaptations des circulations (rôle du COT)

> La traction : dépêche un cadre traction qui viendra avec un conducteur de relève pour remplacer le conducteur, si ce dernier le souhaite, qui a rencontré l’obstacle.

et les entreprises externes qui interviennentles-secours

> Les pompiers : dégagent la victime et constatent son état, soit il y a besoin d’un transport d’urgence soit il faut faire appel aux pompes funèbres en cas de décès.

 

debut-de-lenqueteLa police, ou personne mandatée Officier de Police Judiciaire : mène l’enquête et peut demander : l’audition du conducteur, l’accès à la « boite noire » du train pour voir comment se sont déroulées les dernières minutes avant le freinage d’urgence. Le temps de l’intervention peut être allongé si l’OPJ demande l’intervention de la police scientifique. Ensuite l’OPJ avec tous les éléments qu’il a recueillis avise le Parquet dernier-feu-vertet propose que les circulations reprennent. Le Parquet doit IMPERATIVEMENT valider la décision pour que les circulations reprennent sur toutes les voies ou sur certaines aux vitesses suivantes : marche prudente (train à 30km/h maxi) ou sans restriction (les trains franchissent la zone à vitesse normale).

Dans notre cas, pour ne rien arranger, le conducteur constate une panne sur sa « conduite générale » (CG) ce qui signifie son système de freinage est défaillant. Il ne pourra pas repartir et acheminer les clients à bord à la prochaine gare. Il faut donc un engin de secours : soit une locomotive de secours, soit un train qui le pousse ou le tire. C’est donc du temps en plus qui allonge encore un peu plus la durée de l’incident.

 

DES CIRCUITS PARALLÈLES EN OEUVRE : une course contre la montre

Cet exercice voit donc que 3 systèmes parallèles sont en œuvre, comme montré dans cette frise téléchargeable :

  • La prise en charge sur place : victime, conducteur et clients. Pour ces derniers, il peut y avoir transbordement dans un autre train ou cheminement le long des voies jusqu’à la prochaine gare.
  • Le rapatriement du train concerné : soit il peut aller jusqu’à la prochaine gare, soit il doit être immédiatement envoyé en centre de maintenance. Dans tous les cas, il faudra vérifier la rame.
  • La réorganisation du plan de transport et information aux voyageurs du RER D

Notre « accident » a duré environ de 2 heures. C’est la durée moyenne pour ce genre d’incident, sachant que cela peut même monter à 4 heures.

 

2 HEURES RÉSUMÉES EN QUELQUES MINUTES…

Je vous propose cette vidéo, créée avec les images de l’exercice, qui explique le déroulé de l’évènement.

 

POURQUOI CET EXERCICE ?

La finalité pour moi était d’expliquer aux clients, qui avaient répondu présent, le déroulé et la raison de la durée de l’incident.

Mais le but majeur était de sensibiliser nos partenaires externes aux contraintes de temps et au répercussions d’un accident de personne sur l’ensemble de la ligne, pas seulement pour le train qui a rencontré l’obstacle. C’est d’ailleurs pour ça que la majorité des spectateurs présents était composée : d’équipes des préfectures et des parquets, de représentants des forces de l’ordre, de pompiers, d’organismes de pompes funèbres et même de la protection civile (qui peut être amenée à intervenir).

Gageons que l’exercice aura permis à tous de prendre conscience des délais et à faire en sorte de gagner des précieuses minutes qui nous aideront à faire circuler des trains plus vite et donc à vous pénaliser le moins possible.

Je vous invite à partager vos expériences et/ou commentaires sur l’article. Je compte, notamment, sur les clients venus prêter main forte pour l’exercice 😉 MERCI encore.

à lire aussi

Chapitre 1 des incidents – L’alerte radio

Chapitre 3 des incidents – le bagage abandonné

Chapitre 4 des incidents – le signal d’alarme

10 commentaires pour “Chapitre 2 des incidents – L’accident de personne”

  1. 94RERDPasser au statut dit :

    Bonjour.

    Effectivement, l’exercice était grandeur nature, très bien préparé par les services de communication SNCF. Il se trouve que (à l’exception d’un raté sur l’arrêt du train) tout était consciencieusement réglé, étonnement comme une horloge…

    J’en profite pour faire une petite remarque. Le train EXERCICE était un gentil ZACO sans arrêt, n’aurait-il pas pu, pour le fun, être renommé ZICO histoire de rigoler un peu ???

    Sinon, de l’intérieur du train, on peut voir ce qu’il se passe autour, les personnes qui s’affairent, etc… Il y a effectivement eu, également, les bonnes annonces aux bons moments, parce que sans cela, tout le monde est très rapidement inquiet.

    Il y aurait également à fournir les points de Blueedel lors de l’accident à MFA en janvier, afin de pouvoir discuter tous ensemble sur les évolutions depuis le temps.

  2. 94RERDPasser au statut dit :

    « Bonjour à tous.

    J’ouvre ce fil pour parler de ce que j’ai vécu lors de l’accident du 29 janvier dernier à Maisons-Alfort : ce que j’ai vu, entendu, ce qu’il faudrait changer/améliorer et ce qui m’a agacée. Je vais essayer de rester objective.

    Gare de Lyon 17h05, je monte avec ma fille (13 ans) dans un ZACO, en tête de rame. Il y a beaucoup de monde à bord et tout le monde est très fatigué à la fin de cette énième semaine où de nombreux soucis ont été encore rencontrés. L’Agent de Conduite mettra son ronfleur alors même que la descente n’est pas finie et que personne n’a encore pu monter ce qui rajoute un peu d’énervement… mais on montera tous car malgré le ronfleur, l’Agent de Conduite attendra qu’on soit tous montés.

    Nous arrivons pratiquement à Maisons-Alfort – Alfortville lorsque notre train tressaute, une alarme retentit fort dans la cabine de l’Agent de Conduite et très rapidement, notre Agent de Conduite prend la parole et indique « le train est mal arrêté, je vais le mettre à quai, ne bougez pas, incident de personne »…. Le train reste à l’arrêt quelques secondes et j’envoie un premier tweet à l’attention de @Asso_Sadur et @RERD_SNCF, il est 17h13 https://twitter.com/BlueEdel91/status/6 … 1885293569

    Le train repart très doucement pour se mettre à quai et là l’Agent de Conduite nous informe qu’un ACCIDENT (et non un incident) vient d’avoir lieu et que nous allons rester bloqués à quai, qu’il n’a pas d’autres infos pour l’instant.
    A partir de ce moment là, mes nombreux tweets seront envoyés à l’association bien sûr, mais également à @RERD_SNCF et @jdehornoy et @rer_info, tant pour informer en direct que pour recevoir des infos que je pourrais répercuter aux usagers présents.

    A quai que se passe t il ?

    Je descends de mon train. Je vois la queue d’un TGV sortant de Maisons-Alfort – Alfortville et je vois des agents SNCF qui cherchent encore ce qui s’est passé car sur le moment, rien n’est très compréhensible, tout étant allé très vite. C’est en regardant sur les voies plus à l’entrée de la gare que l’on comprend. Et que l’on voit….

    C’est très moche et les agents très vite vont traverser les voies en courant, que d’autres sont déjà en train d’appeler les secours et forces de l’ordre.
    Une personne s’est suicidée et ce sont plusieurs morceaux qui sont disséminés sur les rails. Je pense que plus d’une personne en queue de ZACO ont dû être très mal et choquées et ça ceux qui critiquent sans arrêt n’y pensent même pas ! Chance pour ma fille, on était en tête.
    Très rapidement, des agents SNCF alors que les forces de l’ordre arrivent, vont aller recouvrir les morceaux de corps en même temps que d’autres (SNCF, pompiers, secours) remontent la voie pour trouver tous les morceaux (et oui je suis gore mais c’est pour montrer à certains quelque chose qu’ils n’ont pas bien enregistré, et j’y reviendrai).

    Des agents montent sur notre quai et nous informe qu’il nous faudra quitter notre train. Une annonce via HP donne la même info sauf que l’on entend très mal à quai, et rien dans le ZACO. Je précise d’ailleurs qu’à ce moment là les passagers du TGV eux sont toujours dans leur train et totalement hors quai donc ne peuvent descendre.

    Beaucoup de personnes vont partir très vite en espérant trouver bus ou taxi. Très vite aussi, les rues autiur de la gare seront BOUCHEES. Beaucoup aussi habitent autour de Maisons-Alfort – Alfortville mais bien plus encore habitent plus au sud et ne savent pas du tout comment faire. Un agent va être très vite submergé de questions en tout genre alors qu’il n’a pas les réponses ; il fera de son mieux cependant pour dire comment rejoindre Pompadour et de là rejoindre Montgeron mais il ne saura pas plus (je précise d’ailleurs qu’ils sont à Maisons-Alfort – Alfortville 3 agents de ce qui m’a été dit).
    « Le mieux serait de quitter la gare » dit cet agent à des personnes…. Je l’interpelle et l’informe que dehors c’est déjà la cohue et que de toute façon nous ne savons pas quoi faire ?

    Là dessus, la SUGE arrive et d’un ton très agressif ordonne à tous de quitter le quai (de décamper dira l’un d’entre eux). Je n’ai pas aimé ce ton vindicatif car nous ne sommes pour rien dans ce qui est arrivé et nous ne savons pas ce que nous allons devoir faire. Je ne sais pas si dans les gares plus au nord ou au sud, l’information passait mais à Maisons-Alfort – Alfortville nous n’avions que nos yeux comme information. La SUGE oublie aussi que nous avons des enfants à récupérer pour la plupart, des RDV qui sont à annuler…

    De toute façon évacuer le train et même le quai est quasi impossible, les couloirs souterrains sont pleins et les escaliers génèrent quelques chutes.
    Je reste donc à quai avec ma fille et quelques autres personnes qui voient que je reçois des informations par tweet me rejoignent.
    Effectivement, J. Dehornoy prend contact avec moi (merci) suite à photo et informations envoyées. Je lui explique que nous sommes coincés sans information et qu’on ne sait pas quoi faire. Le conseil : revenir sur Paris pour pouvoir repartir sur un autre trajet. Même conseil reçu de remster qui me textote au même moment. J’envisage donc cette hypothèse.

    Je vais donc commencer à discuter avec plusieurs personnes sur leur destination et ce qu’on peut faire, sachant qu’il y aurait un train qui viendrait du sud pour Paris sur une autre voie. C’est une information qui aurait pu passer sur les HP….

    Dans le même temps, la SUGE nous fait évacuer train et quai et nous pousse vers les escaliers qui seront quelques minutes plus tard condamnés pour que personne ne monte et laisse donc la police, les pompiers et les secours faire leur boulot. « Ca sert à rien de rester là, sortez, bougez des escaliers »…. Certains sont vraiment pas malins et ne se rendent pas compte que lorsqu’on a zéro info et qu’on est « maltraités » ça pousse à la colère et donc à rebellion… malgré la situation.
    A ce stade, aucun agent, aucune info, on est juste là dans l’attente.

    J’attrape un policier et lui demande ce qui se passe. Il est cash, clair et me dit « il y en a minimum pour 2h, on peut rien faire, aucun train pour l’instant, on vous tient au courant». Les gens s’agacent donc je prends la parole (moi qui ai horreur de ça) et indique aux gens que seule la police donne l’ordre à la SNCF de reprendre ou non le trafic et que dans l’immédiat nous ne pouvons rien faire. Qu’il nous faut attendre ou trouver une solution à l’extérieur de la gare.

    Suite à ma prise de parole, plusieurs personnes viennent me demander comment faire pour rentrer. Un agent est venu me dire qu’un train pour Paris arrivait et que la ligne R devrait reprendre.
    Je conseille donc aux personnes sachant que plus aucun train ne marquerait l’arrêt à Maisons-Alfort – Alfortville qu’il nous faut remonter sur Paris et au moins pour la branche Combs prendre un R jusque Melun puis un bus express Veolia 18 jusqu’à Lieusaint (correspondance TZen pour Corbeil), qu’il y avait à Lieusaint des bus pour Savigny et Combs. Malheureusement je n’en connais pas plus et cherche du regard des personnes qui pourraient elles aussi s’impliquer…

    Un policier vient nous confirmer que notre ZACO ne repartira pas car aurait roulé sur des « morceaux »…. Donc nous devons quoi qu’il arrive changer de quai.
    L’annonce arrive qu’un train va passer vers Paris.
    Effectivement plusieurs trains passeront sur les voies mais pas de LOVA ou FACA en tout cas, juste TER et TGV qui passeront quand même très vite alors que les quais sont très peu larges et qu’il y a beaucoup de monde !!!

    Au final, on voit notre ZACO rallumerses lumières et l’Agent de Conduite parlant fort (merci) dans son micro indiquant que le train allait repartir !!!!!!!!!!!!!!!
    Nous transhumons tous donc pour repartir dans les escaliers, le souterrain, les escaliers où une agent SNCF très gentille (je précise) nous indiquera là où monter pour se répartir au mieux dans le train. Finalement nous repartons donc 1h20 après le drame.

    UNE HEURE ET VINGT MINUTES SEULEMENT
    Je rappelle que ce genre d’accident prend généralement TROIS heures !

    Pour mémoire :
    http://maligned.transilien.com/2013/12/ … -3-autres/
    http://maligned.transilien.com/2012/09/ … e-suivent/

    L’Agent de Conduite va très vite reprendre la parole pour nous indiquer que le train ne marquera pas d’arrêt jusque Villeneuve Saint Georges et indiquera aux gens comment retourner sur Pompadour et d’autres gares.

    Je ne rentrerai pas dans le détail de ce que j’ai vu et vous mets des photos non choquantes.

    Sur l’intervention elle-même.

    J’ai vu des gens s’activer l’air résigné (si vous deviez vivre ce qu’ils vivent pas sûre que vous auriez le même sang froid) et je leur dis merci et leur tire mon chapeau. Ce genre d’accidents est juste terrible et pas beau à voir. Pour ce soir, le corps était disloqué et a rebondi à plusieurs endroits.
    Les agents SNCF très vite ont appelé les forces de l’ordre. Les pompiers, certes habitués à des interventions pénibles, ont très vite été sur le rail recouvrir le corps, d’autres ont parcouru les rails à la recherche de morceaux et d’indices.

    Les agents SNCF étaient quelque peu pris de court, et sûrement aussi choqués que ceux des usagers qui comprenaient la situation.

    Ce que j’ai entendu et qui m’a passablement agacé, de la part d’usagers

    « il est ou le cadavre, il est pas sur notre voie, là, j’le vois, on peut repartir non ? »
    « Putain si la SNCF peut pas reprendre, c’est qu’un corps non ? »
    « Font chier à la SNCF, toujours le bordel »
    « Il est mort de toute façon non ça changera rien si on lui roule encore dessus »

    Certains ont même dans leur propos tenter de créer une rebéllion à quai… je ne comprends pas bien ce que cela aurait changé.

    J’en passe et des meilleures. Une blague humour noir d’ailleurs circule « sur la ligne D, c’est la seule ligne où lors d’un accident grave de personne, on entend oh ça va être le bordel »….

    Ce genre de propos est inacceptable et démontre encore une fois que les gens ne mesurent pas l’ampleur et la gravité de ce type d’accidents. Ces personnes ne comprennent pas non plus comment est géré un tel accident et que la SNCF pour le coup n’a absolument pas voix au chapitre. Quand j’ai annoncé aux gens que tant que la police ne donnait pas son feu vert, on était bloqué, beaucoup l’ignorait. Il m’a fallu brièvement dire comment se passait ce type d’accident. Beaucoup du coup se sont calmés à l’égard de la SNCF.

    Cependant, la SUGE a été relativement agressive à l’égard des usagers bloqués à quai et ça c’est inadmissible. Parmi ces gens, certains étaient choqués !!!! Et encore une fois, nous ne sommes pas des délinquants et n’étions pas agressifs. Donc carton rouge pour la SUGE !

    J’ai aussi entendu des gens proposer à d’autres de les aider à rentrer car il existe encore un petit chouillas de solidarité entre usagers dans ce type de situation.
    Une dame âgée a failli s’en prendre à un agent SNCF mais elle a été freinée par un autre usager venant défendre l’agent SNCF. La dame alors a dit « mais c’est tous les jours quand même et j’habite à Savigny moi »… Je suis intervenue en lui demandant si elle aurait la même réponse si je lui annonçais que sa petite fille, son mari ou son frère s’était suicidé. Elle s’est ravisée.

    CE QU IL FAUT AMELIORER COTE SNCF

    INFORMATION

    Informations inexistantes à quai.
    Il faut des HP plus efficaces pour que les annonces passent de façon claire et audible pour les personnes à quai mais aussi celles à bord des trains.
    Il faut couper toutes les annonces pub ou travaux systématiquement (je crois toutefois qu’hier ça a été le cas).
    Il faut que les agents peu nombreux reçoivent les informations très rapidement pour qu’ils puissent également les diffuser immédiatement par HP. Avec un talkie walkie, ils recoivent mais ne peuvent transmettre aux usagers et avant de pouvoir aller à leur micro, ils sont abordés par plein d’usagers, donc donner des moyens aux agents à quai de donner les infos « en live »

    TRANSPORT

    Il faut impérativement que la SNCF travaille et négocie des accords avec les sociétés de bus pour travailler ensemble, je m’explique : pas seulement pour avoir des bus de substitution difficile à mettre en place en urgence ! Il faudrait compte tenu de l’état de la ligne et de la forte fréquentation commencer sérieusement à collaborer pour avoir des bus express reliant les gares du réseau. Ainsi dans ce type de situation, un minimum de personnes peuvent rallier le sud. Aujourd’hui de Maisons-Alfort – Alfortville ou de Villeneuve Saint Georges par exemple, comment aller à Cesson ? à Montereau ? à Corbeil ? à Malesherbes ? C’est juste IMPOSSIBLE or les accidents deviennent trop fréquents sur la ligne !
    Donc cette collaboration bus/sncf doit faire partir de la « to do list » de la SNCF ! C’est une piste loin d’être stupide.

    TRAFIC ET RETOURNEMENT

    Sur les trains à retourner…. Beaucoup de gens ont posé la question. Je n’ai pas la réponse mais il est très compliqué en quelques minutes de faire se retourner des trains.
    A cette heure là, en pointe qui plus est, les trains ont été pris dans un bouchon, que ce soit les TGV, les TER, Corail ou RER. Il a donc fallu faire passer quelques TGV probablement reroutés pour pouvoir laisser le passage libre aux RER.
    Les gens ne comprennent pas ces situations et elles sont difficilement explicables par un usager comme moi en l’occurrence. Avec le manque d’information, cela crée de la colère et de l’exaspération.

    SUGE

    Je sais que toutes les situations sont compliquées à gérer et toutes différentes, cela étant je rappelle à la SUGE qu’ils ne sont pas des cowboys et nous des indiens. Nous avons-nous aussi vécu l’accident à différents niveaux et nous parler durement, voire comme à des criminels, ça le fait pas du tout. On demande aux usagers d’être plus respectueux, je retourne la même chose à la SUGE !
    J’ai dit à un gars de la SUGE « vous pourriez être plus poli non ? » il a haussé les épaules… franchement, ça m’a bien soulé ! Et pendant ce temps ma fille était à côté de moi, éberluée… Belle leçon de vie non ?

    EVACUATION

    Evacuer un train, un quai, c’est quelque chose de compliqué. Nous demander d’évacuer dans le calme, on peut le faire malgré certains excités de service mais nous crier dessus pour évacuer alors qu’escalier et tunnels sont bouchés ne servira à rien. Hier il aurait mieux valu que nous restions assis dans le ZACO (qui plus est au chaud) plutôt que d’envahir les souterrains (empechant ainsi le passage aux secours) ou blinder les quais où lorsque les premiers TER/TGV sont passés rapidement, un autre accident aurait pu se produire.

    EDUCATION

    Ma fille par deux reprises a vu des agents SNCF intervenir à son collège. Une initiative intelligente ET A SYSTEMATISER qui lui a permis de ne pas paniquer hier et de comprendre aussi ce qu’il se passait. Je suis très fière de son comportement du haut de ses 13 ans ! Mais dans la vie de tous les jous, les gens ne comprennent rien et ne savent rien.

    Je ne sais pas par quel moyen « éduquer » les gens mais trop souvent l’amalgame vient prendre le dessus et confondre un accident grave avec une suppression de LOVA n’a rien à voir. Je pense que SNCF, STIF et associations doivent parler de ces accidents et expliquer. Pas un blabla de 40 pages mais des affiches choc, des flyers, je ne sais pas moi ! Au lieu de nous faire la pub des e-livres ou de Mika dans le train, on devrait nous mettre des affiches dans nos rames !

    Je rappelle aussi aux usagers que certains n’ont aucune idée de ce que l’Agent de Conduite a pu vivre… et ça aussi, je le condamne. S’en prendre à un Agent de Conduite dans certaines situations, c’est intolérable !

    AMALGAME

    Certains diront que si on se suicide, c’est peut être parce qu’au quotidien sur cette ligne on nous laisse pas le choix. Je l’ai entendu, je l’ai lu aussi.
    Attention à ne pas faire d’amalgame.

    Le suicide est malheureusement un geste imprévisible dont les raisons sont très différentes. Si certains ont vu leur vie partir en vrille parce que la D au quotidien est invivable, c’est possible mais il ne faudrait quand même pas généraliser !!!! La D me pourrit ma vie au quotidien, mais quand même !!!! Les raisons d’un suicide sont très variées : divorce, perte d’emploi, maladie, déprime… beaucoup de raisons aussi différentes que les autres et qui n’ont rien à voir…

    Je rappelle que les gens qui se jettent sous un train le fond spontanément parce que le train c’est radical….ou du moins le pense-t-il. Parfois ils y survivent avec des séquelles pas très belles à imaginer.

    Mon 2nd grand père par alliance s’est jeté sous un train il y a une cinquantaine d’années parce qu’il se savait gravement malade et n’avait plus le courage d’affronter la vie dans les souffrances à venir. Il avait laissé un mot à ma grand-mère qui l’a lu trop tard. Il lui disait que sous un train ce serait plus rapide pour lui et qu’il ne souffrirait pas, que les filles et elle ne s’inquiètent donc pas…. Vous voyez le suicide c’est moche et ça arrive à tout le monde ! Et c’est terrible…. Sauf qu’à l’époque c’est vrai, y’avait moins de monde donc moins de raleurs.

    Vendredi soir, une personne s’est suicidée. Les commentaires entendus m’ont choquée… ont choqué aussi ma fille. Une personne est morte, des proches ont pleuré toute la nuit avec probablement beaucoup d’incompréhension. Un Agent de Conduite au moins, celui du TGV, a dû vivre l’accident et il lui a fallu des mètres et des mètres pour arrêter son train… Cela n’a pas dû être facile pour lui non plus.

    Notre Agent de Conduite n’aurait pas vu ce qui s’est passé nous a dit un agent à quai, mais vu sa voix quand il a pris la parle, je n’en suis pas si sûre de toute façon et le remercie d’avoir pu poursuivre sa mission (même si au départ je précise à Paris Gare de Lyon il a mis son ronfleur trop vite alors que les gens n’étaient pas descendus et donc pas encore montés).

    Aux usagers posez vous la question « et si c’était votre enfant, votre mère, votre mari ? vous feriez quoi ? vous diriez quoi ? »

    UN ACCIDENT DE PERSONNE n’est pas géré par la SNCF. Tout est sous le contrôle de la police qui donne son feu vert pour faire repartir TOUT le trafic.

    En l’occurrence hier, le trafic est reparti très vite ! Et si les trains ont pris du retard, c’est parce que tous étaient en mode « bouchon »
    Pour certains qui persisteraient dans leur colère, je rappelle que sur les autoroutes, des accidents ne serait ce que de poids lourds peuvent immobiliser des routes pendant des heures et des heures ! ne l’oubliez pas.

    La SNCF a beaucoup de choses à revoir dans son quotidien et il faut impérativement que Messieurs Pépy, Krakovitch et Dehornoy entendent et écoutent les usagers et les associations. Donnent aussi les moyens aux cheminots de faire leur boulot et écoutent les avis constructifs et objectifs. Il faut du personnel aussi en gare, mais en atelier de maintenance. Mais tout ça cest un autre chapitre qui n’a rien à voir avec la gestion d’un accident de personnes.

    C’est juste mon témoignage à moi.

    Je critique beaucoup et souvent la ligne dans son ensemble et la SNCF en général. J’ai beaucoup de grief parce que je sais qu’il y a beaucoup d’idées qui peuvent découcher sur de vraies solutions (parmi les usagers mais aussi parmi les cheminots) et je souhaiterai que la direction nous écoute un peu plus.

    Mais en ce qui concerne l’accident d’hier, encore une fois, je félicite les gens qui sont intervenus pour leur rapidité et leur sang froid. Je critique ouvertement les personnes égoistes qui vont faire des marches dans Paris quand il y a des morts d’attentats mais qui sont incapables de se serrer les coudes dans une situation du quotidien et qui ne voient que ce qu’elles veulent voir ! »

    • flobusPasser en mode normal dit :

      Pour les bus de substitution il faut savoir que les transporteurs ont aussi d’autres missions à assurer (par exemple des lignes régulières), il en est de même pour les chauffeurs. Pour ces raisons il est très compliqué de substituer un RER en pointe car les transporteurs utilisent déjà beaucoup de leur parc et de leurs conducteurs durant cette période.

  3. sophie-ponthierry dit :

    bonjour,
    merci pour ce retour d’expérience bien malheureux mais qui donne un vrai coup de lumière sur ce qui peux être vécu.
    pour compléter le besoin de solution alternative, il serait bien qu’il y ait des personnes de la SNCF et de tous les réseaux de bus de la région parisienne qui communique à ce moment là et qui puisse donner des itinéraires alternatifs certes longs mais qui peuvent aider certaines personnes. et dans un second temps prévenir les chauffeurs des lignes concernées pour un avoir connaissance d’un possible afflux de personnes et 2 pouvoir aussi orienté aux mieux les usagers.

    • LuciePasser au statut dit :

      Bonjour sophie-ponthierry, l’intermodalité est l’un des leviers pour nous mais surtout pour vous, en cas de situation perturbée. Comme vous le soulignez si justement : proposer des solutions de report vers des lignes régulières peut être une solution. Sachez que les équipes travaillent sur le sujet des « itinéraires bis » depuis plusieurs années maintenant. Je vais faire un point avec le responsable de la prise en charge des voyageurs pour vous faire un retour plus complet.
      Bonne journée.

  4. Daniel-Evry dit :

    @Lucie
    Je vous cite : les équipes travaillent sur le sujet des « itinéraires bis » depuis plusieurs années maintenant
    Voilà le genre de réponse qui est inadmissible et souligne une fois de plus l’incompétence de la direction de la ligne D ! Çe qui est demandé dans un premier temps c’est d’indiquer aux clients en rade dans une gare suite à un incident ou accident les lignes de bus existantes à proximité. S’il faut PLUSIEURS années de travail DES équipes pour arriver à ne rien faire alors qu’il suffit de disposer de la documentation sur ces lignes et de faire passer les informations aux agents sur place ou sur les écrans de la gare, et bien qu’ajouter de plus à cette démonstration d’incompétence …

    • Tout à fait d’accord plusieurs années aux équipes alors que nous apres plusieurs galères on finit par les trouver les solutions bis !

    • LuciePasser au statut dit :

      Bonjour Daniel-Evry, mon commentaire n’était peut-être pas assez clair.

      Quand je dis depuis des années c’est parce que ces documents évoluent. Ce que nous appelons les « marques-pages intermodalités » (qui compilent les moyens de transport autour d’une gare) doivent être modifiés régulièrement car les arrêts changent, des lignes sont modifiées, ajoutées voir supprimées. Quand je dis des équipes c’est parce que c’est un travail collectif, certes il y a une personne qui coordonne (le Responsable de la prise en charge des voyageurs) mais il ne réalise pas la tâche seul il a l’œil des agents des gares, parfois des municipalités ou des compagnies de bus. C’est un travail collectif avec un assemblage à la fin.

      Après « enquête », je peux vous dire que les marques-pages sont en train d’être mis à jour. J’ai demandé, au Responsable de la prise en charge des voyageurs, de récupérer la prochaine version desdits marques-pages afin de créer un onglet ici-même (sur le blog) pour que vous puissiez les trouver et les télécharger facilement. J’ai également demandé à ce qu’on ait les mises à jour régulièrement pour coller le plus à la réalité, je vous rappelle que les informations évoluent et qu’on n’est pas à l’abri qu’un arrêt soit déplacé pour travaux ou autre alors que c’est indiqué différemment sur le document. Enfin sachez que les marques-pages sont diffusés dans les gares et aux agents mais il arrive qu’il y ait rupture de stock et que donc nous ne puissions les diffuser lors d’une perturbation.

      Il existe aussi une autre solution, si vous possédez un smartphone et que vous avez l’application SNCF. Dessus vous pouvez « contourner » votre itinéraire de base afin de voir les solutions de report. Je vous joint 2 captures qui montrent comment faire et me tiens à votre disposition pour tout complément d’information.

      Bonne journée.

  5. JerePasser en mode normal dit :

    Cet exercice était vraiment très intéressant et très bien fait 🙂
    En voyant et pratiquant vraiment ce qui ce passe c’est beaucoup plus concret.

  6. Et les galères à la vitesse où elles s’enchaînent nous n’avons pas besoin de plusieurs années !

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